En tant que personne se trouvant de l'autre
côté du monde des attentats de Paris, je vois les choses comme un voyeur. Mais
j'ai un membre de ma famille qui vit à Paris et qui a vécu cela, et je propose
donc ces pensées dans l'esprit de notre humanité commune, dans l'espoir que
cela s'avérera utile.
Des rappels
constants de ce qui est en train de se passer perceront la conscience des gens
et réactiveront leur panique. Je vais parler de la peur, de comment lutter
contre les gros sentiments compliqués qui animeront les gens, et enfin de l'art
et de l'acte de lutter.
Gérer la peur et la panique
Dans un contexte d'explosion de bombe, la peur
est un état d'esprit émotionnel et physiologique logique et approprié. Il ne
fait aucun doute que ça a permis de mettre beaucoup de gens en sécurité. La
rapidité de leurs actions est due à l'adrénaline qui circulait dans leur
corps... La difficulté avec un traumatisme prolongé, ou les séquelles
d'un traumatisme, c'est le fait que le corps ne pense pas qu'il peut mettre fin
à cet état de peur.
Il y a plusieurs choses importantes à
comprendre à propos de la réaction de peur. Le corps est mobilisé par
l'adrénaline qui est pompée dans le sang, activant le cœur, les muscles et la
réflexion. L'adrénaline désactive la partie humaine du cerveau et on entre en
mode combat ou en mode avion. C'est notre mode de survie animal où nous sommes
prêts à courir, à nous battre ou à faire le mort pour survivre. La survie est
l'unique impératif à ce moment. Les parties humaines du langage, de la
planification et de la réflexion ne sont pas disponibles. Dans les séquelles de
ce traumatisme, les gens ont toujours les symptômes de l'adrénaline -
palpitations, grosses sueurs, dents qui claquent, respiration rapide ou courte
- il est ensuite possible que le cerveau soit éteint d'une certaine manière.
A chaque fois qu'un bruit, une image à la
télévision ou une conversation active la réaction de peur, tout ce qu'on a,
c'est un cerveau en panique qui ne peut pas réaliser ce qui s'est passé ou ce
qui va se passer. Toute issue qu'il envisage est possible et crédible, et ne
peut pas être remise en question -alors
qu'elle peut l'être en réalité.
L'autre chose qu'il est important de
comprendre, c'est que dans cette réaction de panique, la respiration est courte
et superficielle, ce qui perpétue cet état d'alerte. On ne s'en rend souvent
pas compte, mais plus la respiration est lente et profonde, plus rapidement on
peut mettre fin à cette réponse de panique accrue. Pourquoi le faire? Parce
qu'une fois le danger immédiat passé, on a besoin que notre cerveau
humain soit en mesure de parler, de réfléchir, de communiquer avec les autres,
de réfléchir et de déterminer ce que nous ferons ensuite pour faire face.
La peur perpétue la peur, et une fois qu'on
atteint une sécurité relative, il faut entamer le processus de rétablissement
Le rétablissement est physique, le rétablissement est pour notre communauté et
nos relations, et le rétablissement est pour notre âme.
C'est un moment difficile parce que les grands
sentiments de peine, de perte, d'incrédulité, de colère, d'angoisse, etc
continueront d'envahir nos pensées, activant à nouveau nos réactions de peur.
Dans cette première phase, la mantra reste "la sécurité d'abord". Les
gens devront se calmer beaucoup, beaucoup de fois par jour, par heure ou par
minute.
Alors comment est-ce qu'on se calme ?
La première chose à faire consiste à prendre
conscience des changements que la peur a fait dans son corps : il faut se
demander si on a passé sa ligne d'adrénaline. C'est un moyen rapide de se
demander si son corps présente des signes d'activation par l'adrénaline. Il y
aura des signes précoces, des signes moyens et des signes tardifs. Les signes
tardifs sont évidents - on court dans la rue en criant, on s'éloigne et on perd
tout contact avec la réalité, ou on veut se battre ou se recroqueviller. Mais
il y a des signes plus subtils d'activation du corps par l'adrénaline. On peut
commencer à transpirer à grosses gouttes ou à serrer les dents, à se sentir
hyper-vigilent - à regarder autour de soi, à ne pas pouvoir se concentrer sur
quoi que ce soit, sentir un nœud dans l'estomac ou une tension au niveau des
épaules. Il y a ensuite les signes encore plus subtils qu'on a du mal à saisir,
comme une certaine raideur ou un certain malaise au niveau de l'estomac, qui ne
veut pas disparaître. Tout le monde est différent, mais prenez conscience de
vos signes précoces, moyens et tardifs que l’adrénaline commence à activer
votre corps, parce qu'il faut faire quelque chose pour retrouver son calme.
Pour moi, le moyen
le plus rapide d'être fixé est d'observer ma respiration, quand elle est courte
et brutale, quand elle est rapide et superficielle, je sais que ça commence.
Une respiration courte est un catalyseur pour le stress et une respiration
lente et profonde est le début du calme. Observer sa respiration est souvent un
moyen rapide de prendre connaissance de son état en termes de dépassement de la
ligne d'adrénaline.
Calmer le corps pour calmer l'esprit
Une fois qu'on remarque des signes
d'activation par l'adrénaline dans son corps, il faut se camer pour se remettre
de l'ordre dans la tête, parce qu'on essaye de résoudre de vrais problèmes avec
une tête qui ne fonctionne pas correctement. Il s'agit de travailler sur un
cerveau animal, mais il faut accéder au cerveau humain, calme, réfléchi et
plein de ressources. Les gens sont différents et se calment différemment.
Certains ont besoin de se détendre, d'autres doivent être sous tension et se
sentir vraiment présents et ravivés dans leur corps. Pour les personnes qui
doivent se détendre, commencez par un exercice de concentration. Commencez
toujours par les pieds, sentez votre pied sur le sol, puis portez votre
attention sur chaque articulation de votre corps, en faisant attention à votre
posture et à la tension, et en essayant de vous détendre lentement et de
relâcher vos muscles. Ceci ne nécessite que deux minutes, mais ça peut aider
votre corps à se désactiver. Pourquoi doit-on calmer le corps? Parce que c'est
ainsi qu'on calme l'esprit. Si on a recours à des stratégies mentales à cette
étape avec un esprit en désordre qui est en mode panique, on est condamné à
échouer. En calmant le corps, on peut réduire l'adrénaline qui circule,
remettre le cerveau sur le droit chemin, et commencer à mettre au défi notre
réflexion infectée par la panique. Cet exercice de concentration doit être
accompagné d'une respiration plus lente et plus profonde et de l'observation des
changements sur notre corps alors qu'il revient en-dessous de la ligne
d'adrénaline. L'esprit nous crie de retourner à nos peurs et à fuir la
réflexion, mais il faut absolument être déterminé et se consacrer à la tâche.
Ceci peut nécessiter quelques tentatives, mais plus on prend conscience, plus
on a de contrôle sur soi-même et sur le fait de ramener l'esprit à son meilleur
état.
Pour d'autres personnes mettre les muscles
sous tension peut être bénéfique. Ici encore, on commence par les pieds et on
prend conscience du fait qu'ils sont sur Terre - au moment présent. On peut
ensuite se mettre sur la pointe des pieds et mettre son poids et son équilibre
sur les orteils, et sentir l'oscillation et l'équilibre sur toutes les
articulations du corps. Si nécessaire, on peut se balancer un petit peu et
essayer de sentif ce balancement entre les deux côtés du corps. Autre chose,
pour ceux qui ont besoin d'un plus grand stimulus au niveau des muscles, il est
possible de se mettre contre un mur et d'essayer de pousser doucement, mais
fermement dessus. Une troisième méthode consiste à se pencher légèrement en
arrière sur une chaise, sans tomber, et à sentir la tension au niveau des
cuisses, puis à ramener lentement la chaise au sol et sentir le poids au niveau
des cuisses.
Toutes ces techniques permettent de sentir son
corps, à en prendre conscience et à le calmer.
Calmer le corps en se concentrant sur ses sens.
La dernière partie de cette tâche de
concentration et d'apaisement du corps consiste à aider les sens à se
concentrer. Certaines personnes aiment ressentir l'intérieur du corps -
en se concentrant sur leur respiration et la simplicité de l'inspiration et de
l'expiration. Ceci peut être accompagné d'une mantra comme le "Ohm"
qui est un petit vrombissement qui crée une vibration dans la gorge quand on
inspire et expire lentement. L'astuce consiste à ressentir cette vibration dans
la gorge ainsi que le rythme de la respiration, et essayer d'empêcher l'esprit
de se tourner vers des pensées de panique. Cette technique de prise de
connaissance des sensations dans le corps s'appelle l'introception.
Pour certains, l'environnement interne aura
l'air trop chaotique, et faire ceci ne ferait qu’accroître leur panique, leur
stress et leur peur. Pour ces gens, se concentrer souvent sous les stimuli
externes leur permettra de revenir sur terre. Par exemple, écouter quatre sons,
voir quatre choses - je regarde souvent des choses de couleur rouge, en me
concentrant sur la sensation que procure les quatre différentes textures et en
ressentant vraiment la différence entre chaque texture, en sentant quatre
choses différentes. On se sert des sens pour se réorienter vers le moment
présent et la simplicité du moment actuel, et ça aide à calmer le corps. On
essaye de dire à l'esprit en panique de ralentir et de se calmer.
Une fois qu'on a calmé le corps et qu'on est à
nouveau en-dessous la ligne d'adrénaline, on peut vérifier que notre cerveau
humain est de retour. On peut le savoir parce que la capacité à communiquer est
meilleure, les pensées circulent de manière plus naturelle et plus lente, et on
peut réfléchir à des choses au lieu d'avoir une réflexion confuse dans la tête.
Une fois que c'est fait, on peut enfin mettre au défi notre réflexion négative.
On est d'accord sur le fait qu'on a vécu quelque chose de terrible, mais en ce
moment on est suffisamment en sécurité et on est entouré de personnes de notre
communauté. On ne sait pas ce que le futur nous réserve, mais en ce moment -
ici et maintenant, tout va bien, on est en vie et on est même en mesure d'aider
quelqu'un d'autre.
Balayez les images d'horreur de votre esprit
Chez
certaines personnes, l'anxiété sera déclenchée par beaucoup d'images d'horreur.
Ces images continueront à réactiver la peur et le chagrin. Parfois, pour calmer
l'esprit une fois qu'on a calmé le corps, au lieu de mettre au défi les pensées
négatives, il faut se débarrasser du négatif et des images déclencheuses avec
un balai mental. Il y a trois balais visuels/mentaux que j'utilise pour me
débarrasser de tous les éléments et images déclencheurs dans ma tête. Le
premier est le symbole Sanskrit Ohm. Je l'ai fait imprimer sur un morceau de
papier avec des images de papillons à l'intérieur. Quand je regarde cette
image, je ferme les yeux et je la fais passer mentalement de l'avant de ma tête
à-travers ma peau, mon crâne, l'avant de mon cerveau, mes oreilles, l'arrière
de mon cerveau, et enfin l'arrière de mon crâne et de ma tête. Elle collecte
ainsi toutes les images et les pousse vers l'arrière de ma tête avec le balai,
et met le signe Ohm à la place. Vous pouvez faire de même avec le panneau STOP
du code de la route, en l'imaginant très grand et lumineux, ou avec une belle
image neutre et paisible comme un papillon.
Recommencer le film de la vie quotidienne dans sa tête
L'un des défis avec un traumatisme significatif, comme une attaque terroriste, c'est qu'on a l'impression que le temps s'arrête au moment de l'attaque. On essaye lentement d'avancer. Donc à chaque fois qu'il y a une image répétée de l'horreur, de la fusillade, du carnage, il faut se débarrasser de cette image et la repousser à la prochaine heure, au prochain jour, et au prochain matin et essayer d'empêcher le film de rester en tête à partir de cette première image.
Ces procédures ne sont pas universelles et
vous trouverez celle qui vous convient le mieux. J'imagine que vous devrez y
avoir recours à plusieurs reprises dans la journée quand les émotions et
l'horreur continuent à naître en vous.
Et maintenant, c'est au tour des grands sentiments...
Sentiments accélérateurs et décélérateurs
Il y a quelques choses importantes à
comprendre sur les sentiments. De la même manière que le stress peut nous
activer, certains sentiments peuvent agir comme un accélérateur. Il peut s'agir
de sentiments positifs ou négatifs comme la joie, le bonheur, l'excitation, la
rage, la peur ou l'anxiété. Mais ils ont un effet accélérateur sur le corps et
l'esprit.
D'autres sentiments ont l'effet inverse, ils
ont le même effet qu'appuyer sur le frein d'une voiture, et empêchent
d'avancer : la douleur, le chagrin, la culpabilité ou la honte sont très
puissants dans ce domaine, de même que le calme, la relaxation et la sérénité.
La raison pour laquelle je parle de sentiments
accélérateurs et décélérateurs, c'est qu'ils peuvent parfois interagir d'une
manière compliquée. Parfois, bien qu'on puisse se sentir très, très triste, il
est impératif de continuer à avancer, on ne peut pas se permettre de s'arrêter
en chemin. La tristesse peut rendre vulnérable et impacter la capacité à
lutter, donc on peut l'envelopper dans un sentiment protecteur. Ce sentiment
est grand et fort, et attire toute notre attention. Une combinaison courante
consiste à être en colère à l'extérieur, mais cacher une tristesse profonde à
l'intérieur qui menace de nous submerger.
Ça peut aussi marcher de manière inverse. On
peut parfois se sentir très, très enragé, mais c'est une menace pour soi et
pour la survie, donc on peut envelopper ceci dans la torpeur ou dans la
tristesse.
Le problème quand on enveloppe ses sentiments,
c'est qu'ils sont souvent invisibles pour soi-même, et ce sont des sentiments
dont on n'aura plus conscience de l'existence parce qu'ils sont déguisés et
enfouis. Le problème qu'on a ensuite, c'est tout d'abord qu'on ne peut pas
s'occuper de ces sentiments, et deuxièmement tout ce qu'on a c'est cette
enveloppe protectrice. Rien ne semble guérir ce sentiment extérieur, et il ne
semble pas s'en aller. Ceci peut expliquer pourquoi les gens sont en colère et
irritables, mais quand on cherche les autres sentiments sournois, ou ceux qui
sont recouverts, les sentiments qui murmurent, ils sont tous en-dessous. Une
fois qu'on a compris et pris conscience des sentiments sournois, on peut se
permettre de se débarrasser de l'enveloppe protectrice. Mais avant cela, on n'a
souvent pas l'impression de pouvoir retirer la couverture protectrice.
Les trois
couvertures les plus courantes ou les sentiments très visibles sont la colère,
la tristesse et la torpeur. Il peut
y avoir en-dessous plusieurs sentiments agissant tous en même temps, des
sentiments accélérateurs ou des sentiments décélérateurs. On ne sait pas tant
qu'on n'a pas observé, et pour observer il faut être en sécurité. Un endroit
sûr peut être une conversation avec un ami de confiance et qui vous soutient,
ou avec un thérapeute.
D'accord, alors comment est-ce qu'on gère tous ces sentiments ?
Eh bien, comme avec le stress, ça se fait en
trois étapes. On identifie quelque chose dans son corps, on corrige quelque
chose dans sa tête, et enfin on fait quelque chose pour améliorer cela.
Tout d'abord, il faut voir qu'on a un grand
sentiment qui arrive et essayer de le nommer. Certains sentiments sont évidents
et faciles à nommer, c'est plus difficile pour d'autres parce qu'ils sont
vagues, et certains ressemblent plus à une sensation physique. Souvent, les
plus primitifs, les plus crus, ont cette dernière qualité. Mais il faut faire
une pause et faire une inspection de tout ce qui se passe, et mettre des noms. ça
peut nécessiter un peu de temps et un peu de réflexion, mais il faut mettre un
nom sur ce sentiment, qu'il soit viscéral, émotionnel ou mental.
Une fois qu'il a été nommé, on sait à quoi on
a affaire. On n'a plus à se battre contre des ombres ou à poursuivre des
fantômes. C'est mesurable et nommable, ce qui veut dire que c'est quelque chose
qui peut maintenant être traité.
L'étape suivante consiste à rechercher des
sentiments sournois. Nous avons nommé les sentiments très visibles, mais il y a
parmi ces sentiments quelques-uns cachés à l'intérieur. D'une certaine manière,
le simple fait de s'autoriser à avoir des sentiments nuancés et sournois qui
murmurent sous le gros sentiment visible suffit à les libérer et à les laisser
remonter à la surface. Souvent, en remontant, ils indiquent leur nom, avec un
sanglot, un halètement ou un grand soupir. Mais une fois qu'on a cherché des
sentiments sournois, on peut commencer à gérer les émotions qui nous
atteignent. Ce processus demande du temps. Vous devez faire une pause et vous
retirer dans un endroit calme où vous pourrez entendre ce qui se passe en vous.
Sentiments accélérateurs
Pour les sentiments accélérateurs, encore une
fois il faut ressentir la composante physique, inhérente au corps. On ne va pas
se retrouver submergé par les pensées qui accompagnent ce sentiment, on va
l'identifier dans le corps. On va le localiser et le quantifier. Souvent, je le
nomme et décrit sa forme et ses dimensions. "Wow, c'est gros -regarde,
c'est ici. Wow je suis trop en colère" ou "je me sens si triste,
c'est dans mon ventre, c'est tellement lourd".
Les sentiments ont la forme d'une vague ou
d'un ensemble de vagues à leur plus haut niveau. Ils s'élèvent, puis roulent
vers la plage. Identifiez la partie du cycle dans laquelle vous êtes. Imaginez
que vous êtes sur la plage et que vous regardez ceci dans toute sa force,
monter en vous comme une entité physique et faire un arc au niveau de vos
épaules, et dire son nom. Regardez-le ensuite se casser et se réduire dans
votre corps et remarquez la différence en taille maintenant par rapport à quand
il s'était élevé. Tout ce processus peut ne durer que trois minutes, du sommet
d'un sanglot à des pleurs silencieux, ou du cri de rage à un geste de la tête.
Mais remarquez la physicalité de ceci et regardez-le courir vers la plage.
Enfin, une fois
qu'il a atteint la page et qu'il a perdu sa force, vous pouvez commencer à
réfléchir à ce que c'est et à ce que ça veut dire, ainsi qu'à ce que vous allez
faire, mais une fois que le sentiment est au sommet de sa force, vous devez
vous concentrer sur sa nature physique et non sur les pensées qui
l'accompagnent, car vous finirez par avoir une réflexion infectée
émotionnellement qui pourrait vous faire agir d'une manière que vous
regretterez plus tard. Comme un gros stress, les grands sentiments mettent la
tête en désordre.
Sentiments décélérateurs |
Passons maintenant aux sentiments qui nous
ralentissent - les sentiments de "cassure". Parfois, les ressentir de
cette manière n'aide pas vraiment parce qu'ils sont plus une absence d'énergie
qu'une présence. Pour ces sentiments, on utilise une technique développée par
Peter A. Levine qu'on appelle la "Pendulation". C'est là qu'on
localise les sentiments négatifs dans le corps et qu'on les identifie, qu'il
s'agisse de honte, de culpabilité ou de tristesse. On ne doit pas s'entourer de
tout ça, parce que cette partie peut être accablante et peut potentiellement
rendre très vulnérable. Il faut juste rester à l'extrémité comme un observateur
attentionné pendant plusieurs secondes.
On se rappelle ensuite la partie du corps qui
est positive, créative, optimiste, énergique et développée. On va vers cette
partie, qu'il s'agisse de hanches de danseur, de jambes de coureur, d'épaules
fières en arrière ou d'un cœur débordant d'amour. On va donc vers cette partie
de soi et on ressent sa richesse et sa chaleur, et on y demeure quelques
instants, puis on retourne vers la partie négative, vers l'absence de
sentiment, vers la partie triste ou coupable. On y reste aussi un moment - en
tant qu'ami et compagnon, et on l'identifie et la respecte. On peut continuer
ce processus pendant plusieurs oscillations du pendule, jusqu'à ce que
l'intensité semble diminuer et qu'on a assimilé les deux états du corps. Vous
saurez quand vous arrêter parce que le pendule finira par s'immobiliser et il
n'y aura aucune polarité entre les deux extrêmes des sentiments. Encore une
fois, quand les choses sont réparées, vous pouvez identifier le sentiment et
décider de ce que vous voulez faire, mais en étant soumis à la force du
sentiment, il faut une action physique comme la pendulation pour vous aider à
vous en sortir.
Une
dernière astuce : si les sentiments sont trop importants et trop rapides et
vous êtes sur le point d'éclater en sanglots en public alors que vous
préféreriez que ça se passe en privé, relevez le menton et ils deviendront
moins forts. Vous aurez peut-être juste les yeux humides. C'est ce que je fais
dans les parties tristes des films.
Maintenant
que vos sentiments sont connus et plus gérables, assumez-les, partagez-les avec
les autres, comprenez-les et déterminez ce que vous voulez faire pour y
remédier.
Lutter
Enfin, j'aimerais parler de la lutte.La lutte
est une question de survie, et dans mon livre toutes les luttes sont bénéfiques
et ont leur utilité. Dans les prochains jours à Paris, des histoires de lutte
remarquables, décalées, drôles et tristes seront partagées. Mais dans ma tête,
je sépare la lutte en deux formes générales. La première est la lutte
impuissante, où on perd toute sa force et où on est au niveau maximal de
vulnérabilité. À ce moment, tout ce qu'on peut faire c'est se recroqueviller,
faire le mort ou se cacher. Elle s'accompagne d’abattement et de peur, et on
attend son destin. Ceci est semblable à notre vulnérabilité quand on est enfant
ou bébé, on dépend entièrement du parent.
Le point positif, c'est qu'en grandissant on
apprend des moyens plus efficaces de lutter. Donc quand on est très jeune, on
ne peut que se désintéresser, dormir ou crier pour obtenir de l'aide. Mais en
commençant à marcher, à parler, à réfléchir et à entretenir des relations, on
augmente ses ressources de lutte. L'idéal est de passer à la lutte efficace, où
le problème est découpé pour passer d'un gros problème ingérable à un problème
que l'on peut aborder. J'appelle ceci la lutte à grande valeur parce qu'elle
ajoute de la valeur au processus - il y a du travail qui est fait pour rendre
le problème plus petit.
Pour passer de la lutte impuissante à la lutte
efficace, il y a une étape intermédiaire qui est la lutte à coût élevé. C'est
l'une des luttes les plus primitives à laquelle on peut avoir recours avec des
médicaments, de l'alcool, en rêvant, en mangeant, en jouant aux jeux vidéos ou
en évitant et en n'acceptant pas le problème. Ceci réduit le stress et
l'anxiété en le mettant sur le côté de la route pour pouvoir s'en débarrasser -
et il n'y a rien de mal à cela. Par contre, comme stratégie sur le long terme,
elle a un coût élevé, parce que le problème est laissé en suspens pour pouvoir
avancer, mais il n'est pas découpé, ni résolu, et quand la stratégie de lutte
s'arrête, on se retrouve dans la même situation - mais avec encore plus de
temps et d'énergie gaspillés, donc le problème risque de devenir encore plus
gros. Je pense que la lutte à coût élevé est une stratégie à court terme, et
qu'elle crée ses propres problèmes si elle est utilisée à long terme.
Mobiliser ses ressources
Enfin, il faut penser aux ressources qu'on a
en soi qui peuvent être mobilisées pour se sortir d'un problème, que ce soit
l'intelligence, la détermination, la force ou le sens de l'action, et il y a
ensuite les ressources provenant de la communauté - en étant connecté.
Dans une crise terroriste comme celle que
traverse Paris, c'est la résistance de la communauté qui permettra aux gens de
s'en sortir. Ce sont toutes les petites bonnes intentions spontanées et
sincères qui aident les gens à traverser tout ceci ensemble. Avec ces liens
naturels, de petites solutions solidifieront la communauté et lui donneront le
sentiment d'avoir retrouvé sa force. C'est à l'opposé du terrorisme, c'est
comme une toile d'araignée connectant la communauté et permettant de
reconstruire une grande et belle ville. J'espère que ces idées ont été utiles
et qu'elles aideront les gens dans les prochains jours et semaines.

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